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un extrait de Porte-Lame
Forum de poésie, éditions BBB, poésie littérature underground :: #4 LA BEAT GENERATION Littérature Auteurs Critiques Culture :: William Burroughs
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10092011
un extrait de Porte-Lame
de William Burroughs
--
Alors comme ça B.J. tu me demandes de te dire en une phrase de quoi parle ce film?Moi je te dis que c'est trop pour une seule phrase - même si elle dure à perpète. D'abord ça parle de la couverture médicale universelle qu'on a pas. ça parle du brave Joe Toulemonde, classe moyenne, revenu moyen, qui se crève pour quinze mille dollars par an et bosse au noir en plus; le fisc lui pique ses économies pour donner la sécu et les allocs aux négros, aux ritals et aux hispanos, leur permettre de garder la forme pour braquer sa grand-mère, violer sa frangine et tromboner son gamin de dix ans. Combien d'argent il reste à Joe-le-Besogneux sur son compte en banque une fois que le fisc l'a fait cracher au bassinet? Moins que rien. Est-ce qu'il a les moyens de se payer un lit d'hôpital à trois cents dollars par jour?
Des dealers abonnés à la sécu et aux allocs passent en Mercedes et se penchent pour lui cracher à la figure...
" C'EST POUR çA QUE JE PAIE DES IMPÔTS ? "
" Faut faire gaffe aux insinuations racistes. "
" Ben y a des gens qui pensent comme ça. C'est dans l'air du temps. Au bout du compte le fascisme est mis en échec par le rêve américain. "
Ce film parle de la surpopulation et de la prolifération de vastes bureaucraties du secteur des services. La Food & Drug Administration, l'American Medical Association et les grandes compagnies pharmaceutiques sont des pieuvres ventousées au citoyen. Vous êtes en train de crever du cancer, hein? Le médecin ne vous donne aucun espoir, veut vous virer de son cabinet le plus vite possible parce que vous n'avez pas d'assurance-maladie et n'avez pas droit à la sécu. Tout ce qu'il voudra bien vous lâcher, c'est une ordonnance pour une fiole de Darvon. Le toubib qui prescrit du paracétamol à un cancéreux au stade terminal devrait être rétrogradé au toilettage intime des pensionnaires dans une clinique animalière.
Vous voulez donc vous occuper de votre crabe glouton. Vous avez entendu parler du laetrile, des accumulateurs d'orgone de Wilhelm Reich, d'un médecin français avec un appareil magnétique, d'un autre Français qui a guéri le cancer avec des inoculations de la maladie de Chagas, et de quelqu'un en Roumanie... Et vous pouvez essayer ces remèdes? Macache! Les bonzes de la FDA interdisent leur mise en vente - ils ont même détruit les écrits de Reich. Mais qui a le droit de décider si je prends du laetrile ou si j'utilise un accumulateur d'orgone pour traiter mon cancer incurable? Moi ou la FDA? Après tout, c'est moi qui suis en train de crever.
C'est ça, la liberté? C'est ça, la prétendue grandeur de l'Amérique?
Alors l'Amérique passe dans la clandestinité. On fabrique soi-même ses médicaments dans des garages, des sous-sols et des greniers et on se dépanne tout seul. Tout le monde a le manuel en poche : LA MEDECINE SANS MEDECIN.
Tous les mômes apprennent à faire des piqûres à l'école. Pas besoin de médecin pour des affections aussi simple que la lèpre, la syphilis, la fièvre typhoïde, la malaria, la dysenterie. Tout ce qu'il faut, c'est avoir accès aux médicaments.
Pour soulager la douleur et l'inconfort de ces affections et d'autres encore, il conviendrait d'administrer des doses salutaires de laudanum à intervalles de huit heures, complétées par des injections adjuvantes de morphine en cas de malaise résiduel, puisque l'euphorie et le soulagement que permet un dosage approprié de substances opiacées représentent l'une des consolations de la maladie. Le Remède du Bon Dieu devrait se trouver dans toute armoire à pharmacie. Maman porte la clé en sautoir. On la voit s'en servir en couverture d'un Saturday Evening Post.
Ce film parle de l'Amérique - de ce qu'était l'Amérique et de ce qu'elle pourrait être. Il explique comment sont mis en déroute ceux qui tentent d'étouffer le rêve américain. On nous a enseigné que, dans une économie libre, si on met sur le marché un meilleur produit, c'est lui qui va se vendre. Vous avez donc la Pilule de sept ans amazonienne et un labo clandestin sous les combles. Vous allez avoir le feu vert de la FDA pour évincer les gros monopoles pharmaceutiques du marché des contraceptifs? Vous feriez mieux de faire votre testament. Dans ce film, nous n'avons pas besoin du feu vert de la FDA. La médecine est passée dans la clandestinité. Et c'est la médecine clandestine qui sauve le monde de la catastrophe.
Ce film parle du cancer et c'est un sujet de poids. Les médecins évoquent déjà une épidémie. Dans ce film, une souche de cancer foudroyant épidémique est neutralisée par le virus B-23, virus biologique mutant qui redonne à l'humanité une santé impeccable.
Ce film parle d'une ville que nous connaissons et aimons tout, une métropole qui a fini par représenter toutes les métropoles. En l'an 2014, New-York, centre mondial de la médecine clandestine, est la métropole la plus attirante, la plus dangereuse, la plus pittoresque, la plus essentielle et la plus excessive que le monde ait jamais connue. Le seul transport en commun disponible est l'antique IRT qui rampe à huit kilomètres heure dans des tunnels mal éclairés. Les autres lignes de métro sont désaffectées. Motrices à vapeur et draisines acheminent les produits agricoles, les stations ont été transformées en marchés. Les tunnels inférieurs inondés ont donné naissance à une Venise souterraine.
--
http://freaks-factory.aceboard.fr/11509-2406-35504-0-film-parle-cancer.htm
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Alors comme ça B.J. tu me demandes de te dire en une phrase de quoi parle ce film?Moi je te dis que c'est trop pour une seule phrase - même si elle dure à perpète. D'abord ça parle de la couverture médicale universelle qu'on a pas. ça parle du brave Joe Toulemonde, classe moyenne, revenu moyen, qui se crève pour quinze mille dollars par an et bosse au noir en plus; le fisc lui pique ses économies pour donner la sécu et les allocs aux négros, aux ritals et aux hispanos, leur permettre de garder la forme pour braquer sa grand-mère, violer sa frangine et tromboner son gamin de dix ans. Combien d'argent il reste à Joe-le-Besogneux sur son compte en banque une fois que le fisc l'a fait cracher au bassinet? Moins que rien. Est-ce qu'il a les moyens de se payer un lit d'hôpital à trois cents dollars par jour?
Des dealers abonnés à la sécu et aux allocs passent en Mercedes et se penchent pour lui cracher à la figure...
" C'EST POUR çA QUE JE PAIE DES IMPÔTS ? "
" Faut faire gaffe aux insinuations racistes. "
" Ben y a des gens qui pensent comme ça. C'est dans l'air du temps. Au bout du compte le fascisme est mis en échec par le rêve américain. "
Ce film parle de la surpopulation et de la prolifération de vastes bureaucraties du secteur des services. La Food & Drug Administration, l'American Medical Association et les grandes compagnies pharmaceutiques sont des pieuvres ventousées au citoyen. Vous êtes en train de crever du cancer, hein? Le médecin ne vous donne aucun espoir, veut vous virer de son cabinet le plus vite possible parce que vous n'avez pas d'assurance-maladie et n'avez pas droit à la sécu. Tout ce qu'il voudra bien vous lâcher, c'est une ordonnance pour une fiole de Darvon. Le toubib qui prescrit du paracétamol à un cancéreux au stade terminal devrait être rétrogradé au toilettage intime des pensionnaires dans une clinique animalière.
Vous voulez donc vous occuper de votre crabe glouton. Vous avez entendu parler du laetrile, des accumulateurs d'orgone de Wilhelm Reich, d'un médecin français avec un appareil magnétique, d'un autre Français qui a guéri le cancer avec des inoculations de la maladie de Chagas, et de quelqu'un en Roumanie... Et vous pouvez essayer ces remèdes? Macache! Les bonzes de la FDA interdisent leur mise en vente - ils ont même détruit les écrits de Reich. Mais qui a le droit de décider si je prends du laetrile ou si j'utilise un accumulateur d'orgone pour traiter mon cancer incurable? Moi ou la FDA? Après tout, c'est moi qui suis en train de crever.
C'est ça, la liberté? C'est ça, la prétendue grandeur de l'Amérique?
Alors l'Amérique passe dans la clandestinité. On fabrique soi-même ses médicaments dans des garages, des sous-sols et des greniers et on se dépanne tout seul. Tout le monde a le manuel en poche : LA MEDECINE SANS MEDECIN.
Tous les mômes apprennent à faire des piqûres à l'école. Pas besoin de médecin pour des affections aussi simple que la lèpre, la syphilis, la fièvre typhoïde, la malaria, la dysenterie. Tout ce qu'il faut, c'est avoir accès aux médicaments.
Pour soulager la douleur et l'inconfort de ces affections et d'autres encore, il conviendrait d'administrer des doses salutaires de laudanum à intervalles de huit heures, complétées par des injections adjuvantes de morphine en cas de malaise résiduel, puisque l'euphorie et le soulagement que permet un dosage approprié de substances opiacées représentent l'une des consolations de la maladie. Le Remède du Bon Dieu devrait se trouver dans toute armoire à pharmacie. Maman porte la clé en sautoir. On la voit s'en servir en couverture d'un Saturday Evening Post.
Ce film parle de l'Amérique - de ce qu'était l'Amérique et de ce qu'elle pourrait être. Il explique comment sont mis en déroute ceux qui tentent d'étouffer le rêve américain. On nous a enseigné que, dans une économie libre, si on met sur le marché un meilleur produit, c'est lui qui va se vendre. Vous avez donc la Pilule de sept ans amazonienne et un labo clandestin sous les combles. Vous allez avoir le feu vert de la FDA pour évincer les gros monopoles pharmaceutiques du marché des contraceptifs? Vous feriez mieux de faire votre testament. Dans ce film, nous n'avons pas besoin du feu vert de la FDA. La médecine est passée dans la clandestinité. Et c'est la médecine clandestine qui sauve le monde de la catastrophe.
Ce film parle du cancer et c'est un sujet de poids. Les médecins évoquent déjà une épidémie. Dans ce film, une souche de cancer foudroyant épidémique est neutralisée par le virus B-23, virus biologique mutant qui redonne à l'humanité une santé impeccable.
Ce film parle d'une ville que nous connaissons et aimons tout, une métropole qui a fini par représenter toutes les métropoles. En l'an 2014, New-York, centre mondial de la médecine clandestine, est la métropole la plus attirante, la plus dangereuse, la plus pittoresque, la plus essentielle et la plus excessive que le monde ait jamais connue. Le seul transport en commun disponible est l'antique IRT qui rampe à huit kilomètres heure dans des tunnels mal éclairés. Les autres lignes de métro sont désaffectées. Motrices à vapeur et draisines acheminent les produits agricoles, les stations ont été transformées en marchés. Les tunnels inférieurs inondés ont donné naissance à une Venise souterraine.
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Date d'inscription: 02/09/2006

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